L’Intracostal

 

The Intracostal Waterway, communément abrégé ICW, est une voie navigable intérieure qui longe la côte est américaine, de la Baie de Chesapeake jusqu’au sud de la Floride. Ce chemin est emprunté chaque année par environ 25 000 bateaux qui circulent entre le Nord et le Sud. Les vents dominants opposés et la météo automnale parfois capricieuse rendant le passage en mer plus difficile, on s’est nous aussi joint au cortège pour continuer notre route vers les Caraïbes. Une expérience mitigée, mais qu’on est tout de même contents d’avoir tentée.

 

Jour 1
On va se mettre à l’ancre sur la rivière Elizabeth entre Norfolk et Portsmouth, où l’on est rejoint par nos amis du voilier Mischief, qui s’amarre à l’épaule à notre bâbord. Le bateau d’un de leurs amis, Relax, est déjà là. L’endroit est bruyant et il y a beaucoup de trafic maritime. Heureusement ce sera tranquille pendant la nuit. On quitte tôt le lendemain matin, avant que la circulation des bateaux reprenne et qu’ils nous envoient leurs vagues. On était prêts à commencer le sprint de notre descente vers le sud.

 

Jour 2
Première journée officiellement sur le ICW. Il y a vraiment beaucoup de trafic en traversant la partie industrielle de Chesapeake, c’est très stressant. Un bateau sort d’une entrée avec son klaxon (au moins il avertit…) je dois ralentir pour ne pas lui rentrer dedans. Il y a une écluse et plusieurs ponts à bascule à passer, ce qui rallonge le temps de navigation. Le canal est vraiment étroit et on ne peut pas s’arrêter n’importe où pour s’ancrer. On ne veut pas naviguer la nuit dans ces conditions, trop d’obstacles à surveiller. On planifie nos trajets pour s’arrêter avant la tombée du jour. On fait un ancrage tranquille tous les trois bateaux ensembles - Mischief, Relax et Vallée du Vent - à Bell Point.

 

Jour 3
On traverse l’étroit canal de Coinjock puis on arrive dans le Albermale Sound, où c’est beaucoup plus large et plus profond, mais pas de chance, il n’y a pas de vent, on n’a pas l’occasion de monter les voiles. On arrive assez tôt à l’embouchure de Alligator River, on aurait aimé continuer, mais le prochain point d’ancrage est trop loin pour y être avant la nuit. On s’ancre près du pont à bascule. On annonce de forts vents pour la nuit et ça semble le meilleur endroit pour être à l’abri. On se met les trois bateaux à l’épaule et on organise un gros potluck sur notre bateau. 

Relax, Mischief et Vallée du Vent : 3 bateaux à l'épaule pour un potluck à Alligator River

Finalement le vent est resté du Nord et on a été ballotté toute la nuit, en plus du sifflement incessant dans les haubans. Ni Daniel, ni moi, n’avons bien dormi cette nuit-là. Daniel vérifiait constamment que le bateau était toujours bien ancré. On craint pour la journée du lendemain, où l’on doit traverser un long canal étroit pendant 4h30. On annonce un vent de face, on risque d’avoir de grosses vagues dans le nez. Mais rester en place signifierait une autre mauvaise nuit à l’ancre et une météo qui risquerait d’être encore pire par la suite. En plus, il n’y a vraiment rien dans les alentours et les garçons ont grandement besoin d’aller mettre un pied à terre pour se dégourdir les jambes (ce qu’ils n’ont pas fait depuis 3 jours).

 

Jour 4
On décide de tenter notre chance et de se rendre à Belhaven. Au pire on pourra s’ancrer avant de prendre le canal, ou revenir sur nos pas si les conditions sont trop extrêmes. Au mieux, on sera à l’abri dans la baie de Belhaven le soir même. Comme on ne dort pas de toute façon, on part tôt encore une fois. Le vent est encore fort au moment de notre départ, c’est du sport lever l’ancre. On passe le pont tournant les trois voiliers ensemble. Heureusement, le vent diminue peu à peu, moins fort que ce qui était annoncé, il a tourné dans notre nez beaucoup plus tard que prévu ce qui fait qu’on était presque sorti du canal à ce moment-là. Ça a donc été une journée de navigation assez tranquille, malgré le fait qu’on doit toujours garder une vigilance constante en navigant dans l’Intracostal. On s’ancre juste un peu avant le coucher du soleil. Même s’il fait noir, on mange en vitesse, on gonfle l’annexe et on amène les gars courir à terre.

Il fait froid à Belhaven


Jour 5
Jour de grand vent, on prend congé de la navigation. On a réussi à avoir une place à quai à la marina de Belhaven et on s’y rend dès que possible avant que le vent ne soit trop fort. Ce ne sera pas tellement une journée de congé par contre, car nos séjours à terre sont toujours bien occupés par différentes tâches, comme faire du lavage et du ménage dans le bateau. Sauf pour Ulysse et Achille qui eux profitent toute la journée du petit terrain de jeu de la marina qui contient un vieux cockpit de bateau moteur, un panier de basket, un filet de volley ball, un jeu de quille et un jeu de croquet. Il fait anormalement froid pour la Caroline du Nord, on a droit à un mince 7 degrés au plus chaud de la journée. (C’est pas des blagues, il faisait plus chaud à Sherbrooke ce jour-là.) Ça ne nous donne pas l’envie de nous attarder même si tout le monde dans le village est super gentil. 

 

Jour 6
À 7h00, comme toujours au lever du soleil, on est prêt à partir. On détache les amarres et je pousse le bateau légèrement pour l’éloigner du quai. Rien ne bouge. Pourtant le vent devrait nous pousser du quai. On vérifie que rien ne nous retient, une amarre qu’on aurait oubliée, mais non, tout est enlevé. C’est alors que Daniel réalise que la profondeur est à 1,4 m uniquement. On touche au fond, le bateau est enlisé. Il n’y a pas vraiment de marée normalement à cet endroit, à peine 6 pouces, mais les grands vents des jours précédents ont créé un courant qui a abaissé le niveau de l’eau. Le phénomène est vraiment exceptionnel. Il faudra attendre que la marée remonte pour partir et personne ne peut prédire quand ce sera. Nos amis, qui étaient accostés au bout du quai, ont pu partir sans problème. On essaiera de les rattraper plus tard. Finalement, on arrive à quitter vers 10h00, 3h plus tard de prévu. On va essayer de se rendre le plus loin possible avant la tombée de la nuit et avec un peu de chance on pourra arriver à Oriental tel que prévu.

Un bon vent et un espace plus ouvert nous permettent d’ouvrir le génois, mais il n’y a pas assez de place pour qu’on se mette nez dans le vent pour hisser la grande voile. Avec des pointes à 22 noeuds de vent, le génois est amplement suffisant. Ça file à 7 noeuds, avec cette vitesse on ne devrait pas avoir de problème à se rendre à destination. Lorsque que l’espace se rétrécit, on doit rentrer les voiles car on va bientôt entrer dans un (autre) étroit canal, où nous n’avons aucune marge pour manœuvrer avec des voiles. En traversant Gale Creek, on touche le fond en plein milieu du canal. Heureusement qu’on n’a pas les voiles. On recule doucement, fiou on réussit à se déprendre sans problème et on contourne le banc de sable vers la gauche. C’est un phénomène assez courant sur le ICW, le vent et les courants peuvent faire bouger des bancs de sable, il faut donc toujours être vigilant. Malheureusement, on ne peut jamais savoir quand ça va survenir… 

Une fois passé l’étroit passage, on tombe dans un grand lac qui nous permet de sortir à nouveau les voiles et de faire de la belle vitesse à 7 noeuds. Ça fait du bien! On les gardera levées jusqu’à ce que le vent soit trop de face pour qu’on puisse continuer à remonter. Malgré notre retard de 3h, on arrive à Oriental juste à temps avant le coucher du soleil. Cette fois, on n’a pas l’énergie de mettre l’annexe à l’eau et d’aller se promener en ville.

 

Jour 7
On espérait rejoindre l’océan à Beaufort pour faire un direct jusqu’à Southport, mais le vent n’est vraiment pas favorable. Dommage. On continue notre chemin sur l’Intracostal jusqu’à Swansboro. Notre ami Joseph du voilier Triquerta, qui a plusieurs miles nautiques d’avance sur nous, nous avise qu’il a touché le fond à la bouée verte 5A. On contourne donc le haut fond à notre tribord. Ce sera comme cela toute la journée, à guetter la profondeur en tout temps et à contourner les nombreux obstacles. Notre trajet sera extrêmement sinueux. C’est beaucoup plus épuisant que faire de la mer! Heureusement on a les dauphins pour nous accompagner. On s’ancre près d’une petite île avec une minuscule plage, où l’on va s’installer le temps d’un apéro avec les dauphins qui nous font un spectacle. On dort super tranquillement dans notre petit coin de nature sauvage.

Un petit coin tranquille pour dormir à l'écart de Swansboro


Jour 8
Départ un peu plus tôt, on essaie de faire une journée de navigation de 10h. Le soleil n’est pas encore entièrement levé lorsqu’on quitte notre ancrage. L’air se réchauffe un peu, on laisse tomber la tuque et le foulard pour naviguer. Youpi on se rapproche du sud! Dans ce paysage de marais, on croise beaucoup d’oiseaux, surtout des hérons, des grues blanches et des pélicans. On est arrêté à un pont tournant en construction qui n’ouvrira pas avant midi (et il n’est que 9h00 du matin). On s’ancre juste à côté en attendant son ouverture. Ça ralentit notre journée de navigation, on regarde différentes options pour s’ancrer avant. On va tout de même essayer de se rendre à notre destination de départ. Un bon courant nous aide à avoir une bonne vitesse. En après-midi, alors qu’on navigue tout doucement, on heurte soudainement le fond, de façon très brutale. Rien ne nous indiquait un obstacle à cet endroit. Ulysse qui était dans sa cabine est tombé sur la joue avec la force de l’impact. Achille est paniqué et se met à pleurer en voyant que le profondimètre indique seulement 1,1 m alors que notre bateau a un tirant d’eau de 1,6 m. Daniel doit mettre le moteur à fond (ou presque) pour nous sortir de là. Sauf que ça ne nous indique pas plus par où passer. On touche deux autres fois le fond (un peu moins fort cette fois) avant de pouvoir contourner ce banc de sable par la gauche. Ouf on aura eu chaud. On avertit nos amis du voilier Mischief pour qu’ils évitent l’endroit. Même si la carte indiquait que nous étions en plein milieu du canal, les balises avaient été modifiées pour marquer un nouveau passage entre les hauts fonds. Un court moment d’inattention. On apprend ensuite qu’on doit passer très près des bouées rouges à notre bâbord. Un peu plus loin, deux bateaux moteur sont ancrés en plein milieu du canal, en train de pêcher. C’est assez inconscient considérant qu’on a très peu d’espace pour manœuvrer de chaque côté. Ce jour-là, on en a vraiment soupé de l’Intracostal!!! On arrive à notre point d’ancrage à la brunante, il ne reste que quelques lueurs rosées au loin, qui disparaissent rapidement. Dans le noir, on ne voit pas grand chose et on a de la difficulté à discerner les hauts fonds. La profondeur change rapidement et le temps que Daniel se rende à l’avant pour jeter l’ancre, le bateau se fait pousser vers la rive par le courant et on arrive dans des zones trop justes pour que ce soit sécuritaire. On se reprend à trois fois avant de décider d’aller s’ancrer juste à côté du canal, où la profondeur est plus stable. Heureusement, il n’y a pas vraiment de trafic maritime pendant la nuit, on ne devrait pas être dérangés. Plus jamais ne s’ancrer à la noirceur dans l’Intracostal. Chose certaine, on repart très tôt le matin, dès que la clarté nous le permet.

 

Jours 9 à 11
Il ne reste que 5h de navigation avant d’atteindre notre destination à Southport, mais ce trajet nous demandera encore beaucoup de vigilance car plusieurs nouveaux bancs de sables ont été signalés sur la route. Ce n’est pas toujours évident de savoir par où il faut passer, Daniel est aux aguets pour contourner les obstacles, mais on a souvent des poussées de stress lorsque la profondeur descend en-dessous de 2m. Un peu avant Southport, le canal s’élargit et devient beaucoup plus profond pour laisser passer de gros bateaux qui arrivent de la mer. Avec ça, on a 18-19 noeuds de vent dans le nez et des vagues bien formées qui se mettent de la partie. On est fatigués, on a hâte d’arriver! Je me suis trompée de marina, celle où j’ai réservé est à l’autre bout de la ville. Outre que c’était très loin, l’endroit était quand même très joli… Jusqu’à ce qu’on vienne nous dire que les garçons n’avaient pas le droit de jouer sur le terrain gazonné de la marina. Apparemment, ça dérangeait les habitants des riches condos que l’on trouvait tout autour. Ça nous a carrément insulté que l’on ne laisse pas deux enfants courir dans l’herbe. (Et pour une fois, ils ne criaient même pas!) On retourne sur nos pas le lendemain pour se rendre à Bay Point Marina, où on retrouve nos amis de Mischief et Relax, mais aussi Joseph du voilier Triquerta et Bruce du voilier Lana, qui habite tout près. On est toute une une gang de voileux rencontrés en Nouvelle-Écosse! De forts vents nous obligeront à rester deux jours de plus à Southport et on termine notre séjour par un gros potluck sur le voilier Triquerta. Par la suite, chacun prend un chemin différent et on ne sait pas si l’on aura l’occasion de se revoir…

 

Jours 12 & 13
On part de Southport par la mer pour profiter d’un bon vent favorable pour se rendre directement en Floride. On a hâte de se retrouver au large, loin des bancs de sable de l’Intracostal. Dès qu’on est sorti du canal achalandé, on coupe le moteur et on laisse les voiles faire leur travail. On avance tout doucement à 5 noeuds, le bateau se berce gentiment et tout le monde a envie de faire la sieste à bord. Comme prévu, le vent forcit en fin de journée. C’est rare qu’on a les prévisions exactes, mais là la météo est pile poil dessus. Ça commence à brasser un peu plus. Et comme toujours depuis le début du voyage, chaque fois que cela fait longtemps qu’on n’a pas pris la mer, les enfants ont mal au cœur et Daniel aussi. Pendant que je suis en train de cuisiner un bon souper (je m’en viens douée pour ça), les enfants s’endorment dans le cockpit. Je serai donc la seule à manger ce soir-là. Vers 18h, on a des pointes de vent à 25 noeuds, on doit rentrer un peu le génois car on gîte trop. Malgré tout, ça continue de filer à vive allure. Ça brasse encore trop et on rentre la trinquette pour modérer un peu notre vitesse. Le vent souffle toujours à 25 noeuds et ne s’essouffle pas. Ça risque d’être comme ça une bonne partie de la nuit, elle promet d’être longue. À 19h, je vais coucher les enfants (qui dorment toujours sur la banquette du cockpit) dans leur lit. Daniel vomit. C’est la première fois que je le vois être malade en mer. J’envoie mon capitaine se coucher lui aussi et je prends le premier quart de nuit. Mes yeux sont fixés sur l’anémomètre qui indique toujours des rafales de vent à plus de 20 noeuds. Si ça continue d’augmenter, il faudra enlever encore du génois. Mais ça se stabilise et on peut continuer à cette allure, même si ça reste olé. À 20h, je baille à grande bouche et je cogne déjà des clous. Ouf ça va être long! Vite du chocolat pour me réveiller un peu. Il fait froid. J’ai un t-shirt, un manche longue, un coton ouaté, un coupe-vent, ma tuque, mon écharpe et des gants, mais je frisonne tout de même. J’aurais dû prendre mon manteau d’hiver. On est au large de la Caroline du Sud et la chaleur n’est pas encore là. À 21h30, un peu d’action, le GPS indique un bateau qui arrive droit devant nous. Je l’aperçois tout de suite en scrutant l’horizon ; tout illuminé, c’est sûrement un bateau de pêcheur. En regardant de plus près, je constate qu’il passera probablement sur notre tribord à plus d’un mille nautique. Je le garde à l’œil jusqu’à ce qu’il soit passé. Juste après, pendant que je fais mon rituel tour d’horizon à toutes les 15 minutes, je vois une lumière rouge qui clignote en avant à notre bâbord, donc du côté de la mer. Petite frousse, c’est juste une bouée rouge, inscrite sur la carte.

Vers 4h du matin, le vent tourne vers l’arrière. Ce n’est vraiment pas l’allure préférée de notre Vallée du Vent qui se fait ballotter de tous les côtés. Ça me réveille et je me lève pour aller prendre mon deuxième quart. Le vent a diminué un peu mais on a encore quelques rafales à plus de 20 noeuds de temps à autres. Par contre, les vagues elles sont bien formées après plusieurs heures de gros vent. Ça brasse en masse. Même assis on doit se tenir pour ne pas se faire renverser par une vague. Ça me rappelle notre trajet de Shelburne en Nouvelle-Écosse jusqu’à Cape Cod. C’était difficile, mais on était passé au travers. C’est long les quarts de nuits dans ces conditions. Je finis par emprunter le truc de Daniel. Je mets une alarme sur mon téléphone à toutes les 20 minutes pour faire un tour d’horizon, ce qui me permet de fermer les yeux entre les deux. Je ne dors pas mais au moins je me repose. À 6h, les premières lueurs du jour apparaissent à l’Est. À 6h20, lors de mon prochain tour d’horizon, le soleil est bien sorti.

Le vent diminue beaucoup dans l’avant-midi et la mer se calme graduellement aussi. On retrouve un rythme plus tranquille, ça fait du bien. On continue de filer tout doucement. On fait la sieste l’après-midi pour se préparer à la prochaine nuit de veille. Le vent tombe à la fin de la journée et c’est avec résignation qu’on se décide à partir le moteur. On passera une deuxième nuit beaucoup plus calme. Et surtout, on dormira… Mon rythme de sommeil s’est adapté aux quarts de nuit, je me réveille juste avant que Daniel vienne me chercher à minuit. La nuit s’écoulera sans histoire, on continue notre route toujours à moteur. On est particulièrement bien timés car on arrive à l’entrée de Fernandina Beach avec la fin de la marée montante, ce qui nous fait profiter d’un courant en notre faveur. Nos amis du voilier Triquerta n’auront pas cette chance lorsqu’ils arriveront quelques heures plus tard, ils devront se battre contre un courant de 2 noeuds qui les ralentit considérablement. Il y a déjà pas mal de voiliers à l’ancre devant Fernandina Beach, on se faufile pour trouver notre place. Nous sommes un peu loin de la ville et le paysage de notre ancrage devant une usine ne paie pas de mine, mais on est super contents d’être arrivés! Florida, nous voilà!

La Floride

On avait hâte de rejoindre la Floride pour être enfin au chaud. Mais nous sommes arrivés en même temps que les vents du nord qui nous ont poussé jusqu’ici, entraînant une vague de froid assez inhabituelle pour la région. Il faisait entre 15 et 17 degrés au plus fort de la journée, mais sur l’eau c’était souvent frisquet et on avait encore besoin de chauffage la nuit. La chaleur allait se faire attendre encore un peu.

 

La Floride est un état à multiples visages. Il y a le clinquant et le tape à l’œil des gros hôtels, des yachts, des villes illuminées, le pays du luxe et de l’artificiel. Mais il y a aussi une nature impressionnante, des mangroves, des dizaines d’espèces d’oiseaux, des dauphins, des lamentins… C’est un peu tout ça qu’on a pu découvrir en continuant à naviguer le long de l’Intracostal.

 

 

Fernandina Beach

 

On a commencé notre séjour avec une petite visite de Fernandina Beach. Même si la vue de notre ancrage ne payait pas de mine, nous avons adoré cette petite ville patrimoniale, son architecture coloniale espagnole, son ambiance tranquille et ses rues bordées de grands arbres. On se sentait moins pressés, on était contents de prendre davantage le temps de profiter des lieux où on s’arrêtait.

 

On s’est ensuite dirigé vers Ste Augustine. Tout le monde m’avait parlé de cette ville historique et tout le monde vantait sa beauté et son effervescence. J’avais déjà hâte d’y être. Mais… on a plutôt décidé de s’ancrer juste avant et d’accoster en face, du côté de Vilano Beach. Parce que les enfants voulaient aller à la plage. Car oui, même si on est constamment sur l’eau, il n’y a pas souvent à proximité des plages où on peut se baigner. Alors on a troqué la visite de Ste Augustine pour un après-midi à regarder les gars jouer dans le sable (il faisait 14 degrés, pour la baignade, ce n’était pas extra!) C’est donc avec un peu de regrets qu’on a continué notre route sans découvrir ce petit bijou floridien, mais les enfants, eux, étaient bien contents d’avoir eu leur moment.

Vilano Beach par une froide journée

 

À Daytona Beach, il faisait gris et pluvieux. Comme une vraie journée de novembre au Québec (sauf qu’on était en décembre). Le centre-ville avait l’air désert. Un peu déprimant comme arrêt! Pour se rattraper, nous nous sommes arrêtés par la suite dans les environs de New Smyrna Beach, dans un petit coin de paradis où les dauphins ont tourné autour du bateau tout l’après-midi. On s’est délectés!

 

On rencontre tout de même des petits coins de paradis en route

 

On a fait un bref arrêt à Titusville, le temps d’aller prendre un verre avec nos amis Joseph et Patricia du voilier Triquerta. Ils laissaient leur bateau au mooring pendant qu’ils rentraient au Québec pour les vacances de Noël. C’était donc le temps des séparations, mais qui sait si on ne se recroisera pas plus tard?

 

Cocoa par contre a été l’une de nos plus grandes déceptions. Dans nos guides nautiques, c’était une destination mythique à ne pas manquer. Sauf qu’un ouragan (lequel?) avait détruit le quai municipal où on pouvait s’amarrer avec notre annexe et il n’y avait aucun autre endroit où l’on pouvait accoster pour descendre à terre. Autres témoins des ouragans passés : des dizaines d’épaves de bateau échoués ou coulés jonchaient les rives un peu partout. C’était absolument épeurant et démoralisant! (C’est d’ailleurs un spectacle qu’on a retrouvé tout au long de notre descente vers le sud de la Floride.) On a finalement réussi à trouver un endroit où accoster, sur la rive opposée. Nous sommes arrivés dans une banlieue digne du boulevard Taschereau. Du trafic, du bruit et du béton. Notre seule consolation a été d’y trouver un West Marine - où on a pu acheter le nécessaire pour le prochain changement d’huile du moteur - et un kiosque à crème glacée.

 

À Vero Beach, nous avons connu notre première journée chaude depuis notre arrivée aux États-Unis. 27 degrés! Malgré la pluie, nous avons marché jusqu’à la plage (d’ailleurs lorsqu’on y est arrivés, le soleil avait déjà fait sécher nos vêtements) et les gars (Daniel compris) ont sauté dans les vagues. Moi je deviens frileuse, l’eau était encore trop froide. En voulant aller prendre un verre sur une terrasse qui donnait sur la plage un peu plus loin, on a connu le pire service qu’il est possible d’avoir. On se demande encore pourquoi le resto a une terrasse sur la plage s’il ne veut pas de gens qui arrivent de la plage? La réponse reste un mystère… Vero Beach est définitivement un très bel endroit, mais un peu snob. La communauté des marins y est très sympathique toutefois et, fait notable à souligner, le transport en commun y est gratuit! Très pratique pour faire l’épicerie de l’autre côté du pont. Mais pas vraiment pratique quand l’autobus passe aux heures…

 

Baignade à Véro Beach

 

Il y avait de forts vents de 20 à 25 nœuds lorsqu’on a quitté Vero Beach. On prévoyait se rendre jusqu’à Palm Beach, mais le vent a rapidement atteint des pointes à 30 nœuds. Pour ne rien aider, nous avions plusieurs ponts à bascule à passer, mais attendre l’ouverture devenait périlleux, avec le vent et le courant qui nous poussaient sur les côtés. Avant de passer un énième pont, nous avons vu une grande baie où plusieurs bateaux étaient ancrés. Il y avait de la place et on savait qu’on allait être quand même bien protégés du vent à cet endroit. On n’a pas hésité bien longtemps, on a bifurqué pour aller jeter l’ancre. On n’avait presque pas avancé, mais on n’avait définitivement pas envie de continuer dans ces conditions. Le bateau a roulé toute la nuit et lorsque le trafic de l’Intracostal a recommencé le matin et que les bateaux moteurs nous ont envoyé leurs premières vagues, même si la météo annonçait encore du vent très fort, on savait qu’il fallait continuer notre route. Quant à se faire barouetter à l’ancre, on aime autant que ça brasse en naviguant. Au moins on se rend quelque part. Lorsqu’on a passé le pont qui nous séparait de Palm Beach, c’est comme si nous avions changé de monde. La nature avait laissé la place à un trafic incessant de bateaux. On arrivait dans la Floride du bling bling.

 

On voulait arriver à Fort Lauderdale le 16 décembre pour y attendre Catherine, la fille de Daniel, qui devait nous rejoindre en avion le 17 décembre. On s’était dit qu’on avait amplement le temps et on avait planifié un itinéraire très tranquille avec de petites navigations. Mais le mauvais temps nous a beaucoup ralentit et a raccourci nos journées de navigation déjà pas très longues. On s’est vraiment demandé si on allait arriver à temps pour accueillir Catherine… Finalement, on a pu rattraper notre petit retard en faisant un sprint les deux derniers jours. Pour arriver à Fort Lauderdale, on a dû passer une vingtaine de ponts à bascule. La plupart ouvrant à heures fixes, on calculait notre vitesse entre chacun pour arriver juste à l’heure de l’ouverture. On a souvent mis le moteur dans le tapis pour ne pas avoir à attendre le prochain passage. (Pas certaine que notre ancien moteur aurait survécu à ça…) 

 

Arrivée en plein centre-ville de Fort Lauderdale

 

Puis finalement le 16 décembre, tel que prévu, nous avons fait notre entrée dans New River pour remonter jusqu’au centre-ville de Fort Lauderdale. Le canal y est étroit et fort achalandé. On a croisé plusieurs yachts imposants, disons qu’on se tassait du chemin. C’était assez stressant – avec trois ponts à bascule encore, mais qui heureusement ouvraient sur demande – mais c’était en même temps absolument excitant de se sentir ainsi arriver en plein cœur d’une ville. Une fois arrivés à la marina de Cooley’s Landing, les gars ont découvert le paradis des iguanes! L’observation de ces gros lézards a été leur principale activité pendant que Daniel et moi nous affairions à préparer notre traversée vers Les Bahamas et Puerto Rico. Notre voyage dans l’Intracostal était terminé, un nouveau chapitre allait s’écrire et enfin on quittait pour les Caraïbes!

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