Saint-Barthelemy
Notre courte escale à St-Barth nous a fait le plus grand bien pendant notre séjour à Saint-Martin. La petite île française est située à environ 5h de voile, une petite navigation pas trop longue, c’était parfait pour nous remettre à la voile après un (trop) long arrêt.
Après avoir complété les fastidieuse procédures de douane en quittant St-Martin (car il faut dire quand on arrive et quand on part) on met d’abord le cap vers Gustavia, la capitale. À notre arrivée, la baie est bondée de voiliers. On zigzague entre les bateaux pour se trouver une place où jeter l’ancre. C’est assez profond, on doit s'ancrer dans 10m d’eau. On doit mettre nos 25 mètres de chaîne et 25 mètres de corde. C’est plus stressant parce que l’ancre est davantage susceptible de glisser, mais heureusement on est accrochés du premier coup. Depuis Culebra, c’est moi qui est en charge de jeter et de lever l’ancre. Il était grand temps que je commence à me débrouiller. J’ai eu bien l’occasion de me pratiquer à Saint-Martin, mais cette fois j’ai probablement mal forcé et je me suis blessée à l’épaule. Sur le coup, je n’y prête pas attention.
Comme il est passé 17h, il faut attendre au lendemain pour se rendre à la douane. Le mouillage n’est pas trop confortable, il y a vraiment beaucoup de grosses vagues. On a un mal fou à mettre l’annexe à l’eau et à installer le moteur. Daniel se rend à la douane à la première heure. Même si c’est toujours un peu long, cette fois les douaniers sont vraiment gentils, ce qui rend le tout beaucoup plus agréable. Dès son retour au bateau, quand on a terminé l’école, on part se dégourdir les jambes et explorer l’île.
St-Barth est une destination très chic. Au centre-ville de Gustavia, on retrouve des boutiques de toutes les plus grandes maisons françaises : Louis Vuitton, Hermès, Prada… N’eut été des palmiers et du climat tropical, on aurait pu se croire à Paris. Malgré ce côté un peu snob, il faut concéder que la ville est très belle avec ses jolies rues pavées bordées d’arbres en fleurs, sans parler des paysages de montagne tout autour. On grimpe dans les hauteurs de la ville pour rejoindre le phare où se trouve le bureau de l'Agence territoriale de l'environnement. On veut aller se chercher un permis de pêche pour que les gars puissent exercer leur nouveau loisir pendant que nous sommes ici. Comme l’île est entourée d’une réserve marine, la pêche y est très réglementée. La personne responsable n’est pas là, mais on nous dit de repasser demain matin pour récupérer notre permis de pêche, qui vient avec un petit cours sur la vie sous-marine locale. On profite de notre balade pour visiter le grand jardin vernaculaire qui entoure le phare, regroupant plusieurs espèces végétales natives de l’île. On y croise pour la première fois des tortues charbonnières, des tortues terrestres ainsi nommées à cause de la couleur cendrée de leur carapace. Trop mignonnes! Lorsqu’on revient au bateau, on se fait littéralement arroser dans l’annexe par les vagues de la baie. Il n’y a pas à dire, ça brasse dans le coin.
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| Les jolies rues pavées de Gustavia |
Depuis notre arrivée à Saint-Martin, le vent ne dérougit pas et il vente entre 20 et 30 noeuds tous les jours. (Les fameux vents qui nous ont fait quitter Culebra plus tôt que prévus et qui n’ont cessé de souffler depuis…) On les appelle les « Vents de Noël » et ils soufflent habituellement de la mi-décembre à la mi-janvier, mais depuis quelques années, on nous dit qu’ils s’étirent jusqu’à la fin février. Ça rend la navigation assez sportive et les mouillages beaucoup moins confortables.
Le lendemain matin, on troque l’école pour le cours de pêche. Une leçon de biologie marine, ça change du français et des maths. Les gars reviennent avec des étoiles dans les yeux après avoir appris une foule de choses sur les tortues marines et les poissons des environs. Avec des astuces de pêche en plus!
Nous quittons ensuite la baie agitée de Gustavia pour l’anse du Colombier, plus au nord de l’île. Je lève l’ancre en utilisant la petite vitesse de notre guindeau, mon épaule me fait cette fois atrocement souffrir. Ça prend une éternité pour remonter les 50 mètres de cordes et de chaîne, environ 15 cm à la fois! Évidemment, on arrive au mouillage avec des vents pas possible allant de 25 à 30 noeuds. (Sans surprise, puisque que c’est ce qu’on a depuis un mois.) On doit s’accrocher à une bouée d’amarrage plutôt que de jeter l’ancre dans la baie, afin d’aider à protéger les fonds marins de la réserve. La procédure est assez simple habituellement, on attrape la corde au bout de la bouée avec une gaffe et on y enfile une amarre qu’on raccroche au bateau ensuite. Mais il vente tellement que le nez du bateau se fait toujours pousser avant qu’on ait eu le temps de soulever la corde. Ça tire tellement fort que notre gaffe a plié. Après 15 minutes d’essais infructueux, le bateau amarré devant nous vient à notre secours avec son dinghy. On lui lance notre amarre et il peut l’enfiler dans l’œillet de la bouée. Ouf! Enfin accrochés.
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| Vue de l'Anse du Colombier |
L’anse du Colombier est magnifique. Comme la plage est uniquement accessible à pied, par un sentier de randonnée d’une trentaine de minutes, peu de touristes s’y aventurent et l’endroit est très tranquille. Par ailleurs, les bouées sont limitées aux bateaux de moins de 20 mètres, on n’y trouve donc aucun gros yacht, et pratiquement que des voiliers. Ça change de Gustavia. Quelques minutes après notre arrivée, on voit nos premières tortues vertes nager près du bateau! La joie! Elles seront nombreuses à venir nous dire bonjour autour du bateau, mais il n'y en aura pas une seule qui voudra se joindre à nous pour la baignade... On descend à terre explorer les environs, on marche dans les rochers qui surplombent la baie et on parcourt à l’envers le fameux sentier de 30 minutes qui donne accès à la plage. On y retrouve une multitudes de bernards-l’hermite mauves, comme à Culebra, mais vraiment énormes. Préoccupé qu’ils se fassent marcher dessus, Ulysse les ramasse pour les déposer hors du sentier. Ils ne semblent pas tous apprécier sa bonne intention et il se fait pincer par l’un d’eux. On en voit aussi quelques-uns se mettre en boule et se laisser dégringoler dans la pente de la colline pour se déplacer. On en apprend des choses sur les bestioles de ce monde! Pour se rafraîchir au retour de notre petite randonnée, une baignade est de mise et les gars en profitent pour mettre masque et tuba et explorer en plongée les fonds marins. C’est la première fois qu’Achille voit les coraux qui fourmillent de petits poissons, il est fasciné!
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| Ulysse et les bernards-l'hermite |
Nous quittons ensuite pour l’île Fourchue, située un peu au nord, un endroit entièrement sauvage où on ne retrouve que quelques bouées d’amarrage. Cette fois, après avoir bien observé les manœuvres des bateaux qui arrivaient à l’Anse Colombier, nous attrapons la corde du mouillage sans difficulté en continuant d’avancer doucement et c’est très facilement que je passe notre amarre à travers pour nous accrocher. Comme des pros même avec 20 noeuds de vent! On était bien fiers.
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| L'Anse sauvage de l'Île Fourchue |
Nous avons passé la journée à arpenter les sommets rocheux de l’île, en s’aventurant bien plus haut que les sentiers établis. L’escalade n’était pas toujours facile, mais la vue splendide en valait la peine! (Malgré un peu le vertige de ma part…) Au retour, je ne me fais pas prier pour me jeter à l’eau. C’est alors que je vois passer un petit requin entre moi et la plage, tout près du bord. Un requin citron, normalement inoffensif, mais tout de même, j’ai arrêté de bouger pour le laisser passer. Le requin lui n’avait pas l’air du tout intéressé par ma présence et a tranquillement continué son chemin, comme si de rien n’était. Je me suis quand même dépêchée de sortir de l’eau dès qu’il s’est éloigné! Pas trop souvent ce genre de rencontre!
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| Vue des sommets de l'Île Fourchue |
On célèbre l’anniversaire d’Ulysse à St-Barth. 9 ans déjà! Pour l’occasion, il pêche une belle petite carangue, malheureusement on ne peut pas manger ce poisson au nord de la Guadeloupe car il peut être porteur de la ciguaterra, une algue dont la toxine peut être mortelle. On la relâche à l’eau, mais ça aura quand même fait le bonheur de notre petit pêcheur. Pour souligner cet anniversaire, Daniel cuisine le dessert de sa spécialité : un pouding chômeur! Un goût réconfortant de chez nous. On s’est régalés, mais on a eu bien chaud aussi avec le four qui a fonctionné pendant 1h…
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| Joyeux anniversaire Ulysse! |
Daniel amène également les gars pêcher en annexe dans la baie, mais ils ne pêcheront que des carangues tout l’après-midi. Ça nous aurait fait un bon souper si on avait pu les manger! Évidemment, c’est probablement justement parce qu’elles ne sont pas comestibles qu’il y en a autant…
3 endroits et 6 jours plus tard, il est temps de rentrer à Saint-Martin. Un nouveau projet attend Daniel. On doit repasser par Gustavia pour passer à la douane et faire notre sortie de l’île. Lorsque vient le temps de lever l’ancre, il vente 30 noeuds. Ça brasse, même au mouillage. Daniel veut lever l’ancre pour ménager mon épaule, mais c’est très difficile de garder le bateau face au vent pour le faire avancer vers la chaîne, le nez du bateau ne cesse de se faire pousser par le vent. Daniel doit donc prendre la barre, pas le choix, si on veut partir, ce sera moi qui lèvera l’ancre. Je serre les dents et je monte la chaîne en sacrant (ça m’arrive…) malgré la douleur. Heureusement qu’on ne bougera pas trop ensuite, mon épaule aura enfin le temps de se remettre.
Le vent donc pour cette courte traversée sera comme dans l’anse de Gustavia, bien accoté à 25-30 noeuds. On a deux ris dans la grande voile et le génois ouvert à 50%. Même avec une voilure réduite, ça file sur l’eau avec une amure 3/4 arrière.
En arrivant à Saint-Martin, on décide cette fois d’aller s’ancrer du côté français, pour éviter la douane hollandaise. Il faut contourner l’île à l’ouest pour se rendre jusqu’à la baie de Marigot. Ça semble si proche, mais ce court trajet nous prendra près de 2h. Surtout que lorsqu’on passe de l’autre côté de Baie Maho, le vent nous arrive subitement de face et la navigation devient un peu raide. Les derniers moments avant d’arriver nous paraîtront interminables… On arrive après le coucher du soleil, alors qu’il reste une toute petite ligne de luminosité a l’horizon. On n’est donc pas complètement dans le noir pour se trouver une place et jeter l’ancre. Ouf! Juste à temps! 5 minutes plus tard, il fait noir comme dans un four. Ça nous a fait un immense bien de naviguer et de découvrir une autre île, mais surtout ça nous a donné le goût de continuer ensuite notre descente dans les petites Antilles!







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